Témoignage de Madame Beaunier Hélène (16/11/2004)

J’ai bien connu Mademoiselle Bossis, étant née sur la commune de Fresne-sur-Loire où celle-ci vivait. Bien qu’habitant Nantes (sa résidence principale), la seconde était au Fresne, où elle vivait en particulier l’été et de passage dans l’année lorsqu’elle faisait exercer les jeunes-filles de la paroisse, chanteuses ou non, pour des soirées récréatives.

Aussi, ai-je eu l’occasion de jouer dans plusieurs de ses pièces, en particulier « Chanteuse de rue ». Je ne me souviens plus des autres titres.

Je me rappelle qu’en 1939, nous nous exercions pour une pièce sur l’Alsace et la Lorraine, mais la guerre nous en a empêché. Il fallut attendre la fin des hostilités pour reprendre. J’ai moi-même joué en 1948, mais je ne me souviens plus hélas de ce titre.

De plus , cette demoiselle, toute dévouée à la paroisse m’a appris la musique dans le but de jouer à l’église et me prêta un piano, que j’ai eu plusieurs années et qui fut pris après mon départ pour travailler à Angers. Il fut prêté à Monsieur le Curé Bigot, pour servir aux écoles libres d’Ingrandes.

En 1937/38, elle rencontra à Montréal, lors d’un voyage au Canada, un de nos cousins qu’elle réussit à convaincre de revenir au pays pour chanter à l’église. Je me souviens d’un « Minuit Chrétien » à Noël 1938/39 très émouvant, ainsi qu’au patronage d’Ingrandes où il chanta la Tyrolienne, car il était très très bon chanteur.

J’ai eu la joie de participer à deux sorties à la mer avec cette demoiselle, soit en 1938 13/14 juillet, sur la Côte d’Amour Saillé Guérande, la Baule et également les 14/15 juillet 1939 à Saint-Jean-de-Mont.

Elle alla aussi à Rome et rapporta à chacune de nous une médaille bénie du Pape, que je possède toujours. J’ai également été à Lourdes en 1947 avec elle et tout un groupe du Fresne.

J’ajoute également que son originalité lui faisait faire de curieuses choses en particulier, après s’être blessée à une jambe, elle porta pendant un certain temps un bas sur la jambe malade, pendant que l’autre était nue.

Elle avait également fabriqué grandeur nature des personnages en chiffon représentant une procession dans son grenier, pour amuser ses petits neveux et nièces lorsqu’ils venaient.

Elle savait s’entourer de différentes personnes, en particulier pour le chant à l’église, mme Bousset et Mme Verger et le Cousin Legras, tous en âge respectable, ce qui lui faisait dire : « J’ai des élèves de tous les âges ».

Je pense avoir dit ce que je pensais de cette Demoiselle, cela peut-être vous apportera quelques éléments nouveaux.

Témoignage de Marie-Claude Ridel (09/09/2002)

Aujourd’hui, âgée de 72 ans, mes souvenirs de Gabrielle Bossis sont assez flous.

Je me souviens des années 1940… J’avais 10-12 ans. Pour moi, Mademoiselle Bossis était un « personnage », une dame âgée et excentrique, le cou gainé d’une dentelle blanche, fixée sur des baleines, lui donnait fière allure, toujours la tête haute, coiffée d’un grand chapeau, ses vêtements aussi n’étaient pas ceux de notre monde rural.

A cette époque, les petites filles du catéchisme étaient regroupées dans le haut de l’église pour la messe du dimanche, tout près de l’harmonium dont jouait Mademoiselle Bossis. Nous la trouvions sévère, malgré son rire particulier, mais assez communicatif.

J’ai le souvenir, avec des petites camarades d’être allée, une ou deux fois, chez elle. Je revois un grand salon, nous étions impressionnées par les tentures, les beaux meubles, plein de choses qui nous étaient étrangères, statues, icônes, souvenirs nombreux de ses voyages.

Ces visites dans sa maison devaient avoir lieu à l’issue de répétition d’un de ses ballets, aussi de spectacle à la salle de patronage de la paroisse. Nous n’avons jamais joué ses pièces de théâtre, contrairement à nos aînées d’une dizaine d’années, quand on est enfant, une différence de quelques années c’est énorme.

Témoignage de madame Mulvet Andrée (Novembre 2004)

J’ai bien connu Mademoiselle Bossis, qui était une personne sympathique, gentille et qui donnait beaucoup de son temps aux autres.

Je me souviens surtout des pièces de théâtre et d’un ballet que nous avons dansé avec mes camarades, je devais avoir entre 13 et 15 ans.

Le souvenir que j’ai de Gabrielle Bossis, c’était une personne à part, extravagante, habillée de guimpes de dentelles, toujours en clair, et coiffée de grands chapeaux qui détonaient vis-à-vis des personnes du Fresne qui s’habillaient bien mais plus simplement.

Bref, c’était une personne excentrique.

Quant à sa dévotion, elle était très pratiquante, ne manquait jamais une cérémonie religieuse, mais je ne pensais pas à sa vie ascétique et austère.

J’avais lu deux de ses livres « Lui et moi » étant plus jeune. Je n’y avais pas prêté beaucoup d’attention, mais aujourd’hui, après plusieurs réunions, dont je suis allée avec d’autres personnes qui l’ont connue, je dois reconnaître qu’il y a quelque chose de fort, à méditer !

Toutefois, en ce qui me concerne, je reste tout de même un peu réservée sur sa sainteté.

Témoignage de madame Chetivaux, une actrice de Gabrielle

Avant 1940, j’ai joué dans différentes pièces de théâtre de Mademoiselle Bossis. Je me rappelle qu’elle avait un chien empaillé dans la position d’un chien qui dort, à poil roux, que j’appelais Mirza sur scène.

Tous les ans, au début de l’été, elle nous invitait dans son jardin au bord de la Loire et nous offrait un goûter. Nous étions ravies. Une fois, elle nous a fait visiter une cave toute voutée sous la maison, nous avions eu très peur, car il y avait des chauves-souris.

C’était une grande dame, toujours vêtue de clair et coiffée d’une capeline. Pour les gens du pays, elle passait pour être fière. Un dimanche, elle est arrivée à la messe avec des bas de couleurs différentes, ça l’a fait sourire, mais n’en a pas été gênée.

Je suis allée plusieurs fois dans son salon, très encombré, beaucoup de tableaux aux murs et d’images pieuses. A l’époque, elle me donnait quelques leçons de piano : j’étais très intimidée.

Je me souviens aussi qu’à l’époque je l’ai entendu manifester le désir d’être enterrée le regard face à la Loire qu’elle aimait beaucoup.

Tous les ans, les 13 et 14 juillet avec Monsieur le curé Allair, elle nous emmenait en voyage en Bretagne (Guérande, Sainte Anne d’Auray, Lorient), ainsi qu’en Vendée (Saint Jean-de-Mont). J’en ai gardé de très bons souvenirs ainsi que quelques photos.

Malheureusement, beaucoup de souvenirs de cette époque se sont effacés de ma mémoire et je le regrette beaucoup.

27 mai 1932

Mme Chetivaux en 2021

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